Ituri : à Boga, le CICR face au fléau silencieux des violences sexuelles dans les conflits armés

A Boga dans le territoire d’Irumu, là où les armes tonnent encore dans les collines de l’Ituri, un autre combat se mène, plus silencieux, mais tout aussi dévastateur: celui contre les violences sexuelles en période de conflit. Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a marqué la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, le 20 juin 2025, par une mission de sensibilisation et de dialogue dans la localité meurtrie de Boga, au sud de Bunia.

Dans cette région marquée par les affrontements et l’insécurité, le CICR a réuni autour de la même table leaders communautaires, personnel soignant, représentants de déplacés et membres de la société civile, pour parler d’un sujet souvent étouffé par la honte et la peur : le viol comme arme de guerre.

Quand la violence sexuelle détruit en silence

« Les violences sexuelles dans les conflits sont commises par des porteurs d’armes, étatiques ou non étatiques. Notre rôle, en tant qu’humanitaires, est de prévenir, protéger et aider sans juger », explique Audrey Eprinchard, responsable de la protection au CICR à Bunia.

Sur le terrain, le CICR écoute. Ses équipes recueillent les récits des survivantes et des survivants, dans un cadre confidentiel et sécurisé. Ces témoignages, porteurs de douleurs indicibles, servent à interpeller discrètement les responsables des exactions, pour éviter que l’horreur ne se répète.

Mais il ne suffit pas de dénoncer. À Boga, le CICR travaille à renforcer les mécanismes communautaires de prévention : accès rapide aux soins de santé après un viol, soutien psychosocial, protection juridique, lutte contre la stigmatisation qui enferme les victimes dans le silence et la solitude.

« Chacun a un rôle à jouer. Les communautés, les autorités, les acteurs armés doivent unir leurs forces pour briser le cycle de la violence sexuelle », insiste Audrey Eprinchard.

Des voix locales qui refusent de se taire

À l’issue de cette session, des voix se sont levées. Furaha Salama, leader d’une organisation féminine locale, appelle à un sursaut :

« Beaucoup de femmes ignorent encore ce qu’est la violence sexuelle dans le contexte des conflits. Quand elles sont violées, elles vivent dans la peur et le silence. Il faut que la sensibilisation se poursuive, au-delà de Boga. »

Même message du côté des autorités coutumières : le chef de la chefferie de Bahema Boga a lancé un plaidoyer pressant pour le rétablissement de la paix, condition essentielle pour stopper ce fléau et soigner les plaies invisibles qu’il laisse derrière lui.

Un combat à élargir

À Boga, le CICR a semé des graines : celles du dialogue, de l’écoute et de la dignité restaurée. Mais la route est longue. Les participants ont exprimé un vœu : que cette sensibilisation soit étendue aux autres zones en proie aux violences, là où les cris des survivantes restent trop souvent étouffés par le fracas des armes.

Parce que derrière chaque chiffre, chaque statistique, il y a un visage, un destin brisé et l’urgence d’agir ensemble pour que ces violences cessent de hanter les collines de l’Ituri.

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1 Comment

  • YAO
    8 mois ago

    Très bonne initiative

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